Plus de cinq millions de spectateurs pour un général en exil, neuf millions pour un Monte-Cristo deux ans plus tôt : le cinéma français a retrouvé le goût de la grande fresque. Octobre 2026 en fait la démonstration, de La Bataille de Gaulle aux coffrets de patrimoine.
Deux films de 2 h 40 sortis à quelques semaines d'intervalle, le premier présenté hors compétition à Cannes : Antonin Baudry a parié sur le récit au long cours, et le public a suivi. L'Âge de fer a réuni 2 903 537 spectateurs, J'écris ton nom 2 455 931, soit 5,3 millions d'entrées pour le diptyque. Le premier volet, porté par Simon Abkarian, arrive en DVD le 15 octobre ; le second suivra en novembre.
Après Le Comte de Monte-Cristo et Les Trois Mousquetaires, que Pathé réunit ce mois-ci dans un coffret 4K, la grande adaptation à la française est redevenue un genre à part entière. Michel Leclerc s'en amuse avec Les Caprices de l'Enfant Roi, où d'Artagnan, Cyrano et Molière cachent le jeune Louis XIV pendant la Fronde ; Pathé restaure L'Anglaise et le Duc, la Révolution vue par Éric Rohmer.
Le petit écran n'est pas en reste. Koba édite en octobre deux adaptations attendues, Le Rouge et le Noir et Le Mystère de la chambre jaune, ainsi que L'Abolition, où Charles Berling incarne Robert Badinter face à la peine de mort. Autant de titres qui prolongent, en médiathèque, un intérêt renouvelé pour le patrimoine littéraire et politique français.
La formule tient en trois points : un casting populaire, une reconstitution soignée et des récits que chacun croit connaître sans les avoir vus à l'écran. Pour les médiathèques, ces films sont aussi de formidables passeurs : on entre dans La Bataille de Gaulle par la fiction, on en ressort avec l'envie de comprendre juin 1940. Le coffret Les Grandes Guerres au cinéma (Sony, trois films) prolonge la séance.
Hollywood n'a jamais autant regardé dans le rétroviseur. Septembre 2026 en donne une démonstration éclatante : suites tardives, reboots et rééditions occupent une part considérable des sorties du mois. Décryptage d'un mouvement de fond.
Dix-neuf ans séparent Le Diable s'habille en Prada de sa suite. Trente et un ans séparent le Mortal Kombat de Paul W. S. Anderson du coffret réunissant les quatre films. Quarante et un ans pour Red Sonja. Le calcul des studios est limpide : une marque installée coûte moins cher à relancer qu'une propriété nouvelle à imposer, et son public a désormais l'âge et les moyens d'acheter l'édition collector.
Le phénomène dépasse la seule suite. Il irrigue toute la chaîne vidéo : restaurations 4K, steelbooks, mediabooks, coffrets à livret. Ce mois-ci, Les Infiltrés et Casino reviennent en 4K remastérisé, District 9 et Prison on Fire en digipak collector, La Symphonie pastorale et Inside Llewyn Davis en combo UHD. L'objet physique redevient un produit de collection là où le streaming a fait disparaître la notion de possession.
Le Diable s'habille en Prada 2 a rassemblé 2 830 030 spectateurs en France, Star Wars : The Mandalorian and Grogu 1 102 284. Deux résultats qui valident la stratégie, mais rappellent aussi sa fragilité : la suite tardive fonctionne quand elle réunit le casting d'origine et assume le temps écoulé. Ramener Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci ensemble vingt ans après n'était pas une évidence — c'est pourtant là que s'est jouée la réussite du film.
La tendance ne faiblit pas. Elle interroge cependant la place laissée aux propositions neuves : sur les 38 titres mis en avant dans ce catalogue, une majorité de coups de cœur sont au contraire des premiers ou deuxièmes longs métrages — La Poupée, Sauvons les meubles, Julian, Les Contes du pommier. Le catalogue vidéo reste, de ce point de vue, l'un des derniers espaces où la découverte et la nostalgie cohabitent à parts égales.
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